Alors que la gare de Saint-Pierre-des-Corps voit sa fréquentation augmenter fortement et devrait accueillir jusqu’à 10 millions de visiteurs par an à l’horizon 2050, sa modernisation devient urgente. La concertation préalable, ouverte jusqu’au 18 octobre 2026, doit permettre de faire évoluer un projet attendu, notamment sur l’accessibilité, les espaces d’attente, les services, l’intermodalité et la capacité ferroviaire.
Les nombreux voyageurs qui passent dans cette gare, qu’ils aient la métropole de Tours pour origine ou destination, qu’ils y soient en transit sur les grandes lignes Intercités, Ouigo ou TGV vers Nantes, Paris, Lyon ou Bordeaux, et/où qu’ils y prennent un TER sur une des huit branches de l’étoile, auront certainement constaté son piètre état en terme d’accessibilité, d’équipements, d’espaces d’attente, de services, de commerces.

3e gare de la région Centre-Val de Loire avec 4,4 M de voyageurs (5,4 M de visiteurs) en 2024, sa fréquentation a augmenté de 20% en 5 ans, et dépassé le double de sa capacité théorique initiale. À certaines heures les quais y sont bondés, tout comme l’unique tunnel piétons ou les ascenseurs trop petits, et courir avec une valise pour attraper un train y relève alors d’un parcours du combattant. Comme indiqué dans le dossier, elle est aussi inadaptée aux personnes à mobilité réduite, et plus largement à tous les types de handicap.
L’engouement pour le ferroviaire et l’augmentation à venir de l’offre de TER grâce au SERM* esquissent des prévisions à 7,5 M de visiteurs en 2035, et à 10 M en 2050. Le nœud ferroviaire Tours-Saint-Pierre-des-Corps devra aussi compter sur de nouvelles offres sur les grandes lignes, dont certaines déjà annoncées par de nouveaux concurrents de SNCF Voyageurs : Velvet et Le Train, et dont les premières sont annoncées pour 2028. Vieillissante et saturée, la gare de Saint-Pierre-des-Corps occupe une triste 121e place sur 146 gares enquêtées dans le baromètre de satisfaction 2025, et il est plus que temps de moderniser ce hub ferroviaire, comme cela a été fait dans de nombreuses grandes gares en France.
C’est ainsi qu’une concertation préalable pour sa transformation a été ouverte du 7 septembre jusqu’au 18 octobre 2026, donnant ainsi au public l’occasion de s’exprimer sur la qualité de service, l’intermodalité, les accès et les aménagements. Les travaux devraient débuter en 2028, avec deux grandes phases, et pour un budget estimé aujourd’hui à 130 M€.
La première phase, de mise en accessibilité, serait effective en 2033. Elle consistera en une mise à niveau des deux quais existants, incluant la création de rampes d’accès à 10 %, le changement pour des ascenseurs plus capacitaires, un élargissement partiel du tunnel piétons, la destruction du bâtiment sur quai actuel, la relocalisation de l’exploitation (C.O.E) dans le cadre de la modernisation du bâtiment voyageurs existant, et la pose de nouveaux abris de quais.
La seconde phase, de modernisation de la gare, devrait se terminer en 2035. Il s’agira là de poser une passerelle destinée tout à la fois aux usagers de la gare, avec ascenseurs et escaliers (mécaniques ou non) pour l’accès aux quais, mais aussi aux piétons qui souhaitent relier les quartiers nord et sud de la ville. Un nouveau bâtiment voyageurs sera également construit au sud, qui doit devenir la porte d’entrée principale de la gare, grâce aux aménagements prévus sur l’îlot ferroviaire « Sernam » dans le cadre du grand projet urbain de « la porte Est métropolitaine ».

Par ailleurs, une voie et un quai supplémentaires sont prévus du côté sud, afin d’augmenter la capacité de trafic ferroviaire. Si le public n’est pas concerté sur ce point, et qu’on n’en connaît pas l’échéance, il est utile de signaler qu’il n’y a aujourd’hui que 4 voies traversantes à quai, plus une voie en cul-de-sac dédiée aux navettes pour Tours, le tout sur deux quais seulement. Cette évolution semble donc en effet inéluctable, en espérant qu’elle soit suffisante pour absorber un tel volume de voyageurs, et un nombre de TER et de grandes lignes qui devrait croître fortement.
Les abris de quai sont souvent trop courts. Ainsi en est-il à Orléans, où ils ne sont qu’au nombre de deux pour des quais de plus de 450 mètres, de la longueur d’une voiture de Regio2N environ, avec une largeur de 3 mètres seulement. Qui n’a jamais subi la pluie lors d’une attente prolongée, avec trop de monde sur le quai pour que tous ne puissent tenir sous l’abri ? Comment supporter les températures caniculaires que nous venons de connaître, accentuées par la surface bitumée des quais ? Sans compter que la longueur des TGV (simple : 200m, double : 400m) est telle que le temps d’arrêt ne permet pas d’attendre sous un abri quand le repère de sa voiture en est très éloigné.
Pour une gare de cette importance, il semblerait plus pertinent de faire une seule grande couverture, à minima sur une vaste partie centrale, couvrant ainsi également la passerelle, à compléter par des abris filants sur leurs extrémités.
Il sera aussi souhaitable que le nombre de bancs soit conséquent, tout comme leur bonne répartition sur la longueur des quais, les personnes qui ont des difficultés à se déplacer ne pouvant là aussi pas se permettre d’attendre assis à 100 mètres du repère de leur voiture de TGV.
Si le public n’est pas non plus consulté sur l’offre de transport, que ce soit en trains ou en transports urbains, il est toutefois fait référence à l’intermodalité, notamment avec les parkings automobiles et les cars interurbains Rémi, les bus, les taxis, l’automobile, la marche et les vélos. Pourtant, on ne trouve rien sur les transports en commun les plus capacitaires (tramway, navette) qui manquent cruellement, notamment pour avoir une correspondance rapide avec la gare de Tours.
Il faudra absolument que le calendrier annoncé soit à minima respecté, et l’on se prête à espérer qu’il sera même plus ramassé, tant cette échéance à 9 ans est bien lointaine, entretenant l’idée que dans notre pays les procédures sont souvent bien trop longues.
Inversement, on pourra toutefois s’étonner que le réaménagement du parvis nord de la gare vienne de se terminer pour un coût de plus de 5M€, avant même que le projet de refonte du bâtiment voyageurs ne soit clairement défini.
Par ailleurs, s’il est certain que cette présentation n’est pas définitive, on peut s’interroger sur le manque d’un franchissement pour les cyclistes -la passerelle étant destinée aux piétons-, alors même qu’elle est censée servir de lien entre deux quartiers, et que le pont existant à l’est est notoirement trop étroit pour accueillir une véritable piste cyclable ainsi que des transports en commun à double-sens.
S’agissant de la qualité de service, il est à déplorer que pour plus de 5M de visiteurs annuels, les guichets voyageurs ne soient désormais ouverts que de 13h à 20h, quand à Orléans ils sont ouverts de 5h40 à 20h en semaine, et de 8h50 à 20h le week-end. Il existera toujours des personnes en difficulté avec le numérique ou avec les distributeurs automatiques, et aussi des cas d’usage qui nécessitent l’achat, l’échange au guichet.
Enfin, pour un projet d’une telle envergure, le dossier qui nous est présenté est assez sommaire. L’intérieur des bâtiments n’est pas du tout présenté, et l’on ne sait pas où seront les commerces, les toilettes, les guichets, les distributeurs, les affichages, ni même le cheminement de l’usager dans ce nouvel ensemble.
On ne peut toutefois que se satisfaire de cette concertation, et espérer que les Tourangeaux·elles et autres usagers s’en emparent, tant cette gare fait l’objet de discussions et de railleries -souvent justifiées- au « café du commerce » et sur les réseaux sociaux. On ne sait que trop bien dans les associations d’usagers, que c’est la prise en compte d’une grande diversité de témoignages qui permettra de réussir un projet pour tous.
Vincent Degeorge – ADTT (09/2026)



