FNAUT - La voix des usagers

Nos actualités

Le Billet n° 6 de l'Association des Usagers des Transports des Pays de la Loire

01 Juin 2022

L’heure de la planification écologique ?

Le deuxième tour de l’élection présidentielle a remis en lumière la lutte contre la dégradation de l’environnement et confirmé les difficultés des zones rurales et périphériques mal pourvues en services publics, et concentrant les habitants en « précarité mobilité » selon une enquête récente (au total plus d’un français sur 4). Or la mobilité a principalement été abordée par la voiture, qui reste un mode de transport inégalitaire, peu efficace pour assurer une baisse rapide des émissions de Gaz à Effet de Serre.

Les préconisations du GIEC sont, dans l’ordre :

– 1) Eviter les comportements très énergivores : est-il nécessaire de partir si souvent en avion ou en voiture, et si loin ?

– 2) Changer pour des technologies moins émettrices. Le transfert modal est un outil puissant, d’autant que beaucoup de déplacements sont courts ou se font entre villes reliées par une offre (parfois insuffisante) en transport collectif. Passer au transport collectif et aux modes actifs permet de diviser par 4 ou beaucoup plus les émissions.

– 3) Améliorer l’efficacité des technologies existantes. Mais les impacts sont limités. Renouveler voitures ou avions demande une vingtaine d’années. Nécessaire, mais insuffisant et trop lent par rapport aux échéances climatiques.

L’évolution des comportements individuels ne peut suffire. L’État et l’Europe ont à limiter et taxer les modes les plus émetteurs de GES : routiers et aériens. Pour être accepté, l’argent collecté est à orienter vers les plus en difficulté et les alternatives économes en énergie (TER, bus et cars, réseau vélo), l’aide au changement de modes.

Une «planification écologique», à décliner à l’échelle régionale, définirait un budget carbone «mobilité», favorisant les déplacements à faible émission et réorientant les investissements. La concertation entre la Région et les 16 bassins de mobilité devrait aussi inclure ces objectifs pour développer des transports de proximité accessibles et peu énergivores.

La mobilité bas carbone pour tous

Le billet précédent insistait sur une tarification plus accessible à tous, pour les trajets du quotidien : tarification solidaire étendue, tarifs moins élevés en heure creuse, plafonnement des abonnements longue distance, etc..

Des transports à rendre plus disponibles

Le nouveau contrat Région / SNCF prévoit que les circulations journalières croissent de plus 3% fin 2022. Les usagers se réjouissent des trains ajoutés qui atténuent des trous de desserte en heure creuse et WE. Mais regrettent que les derniers circulations proposées se situent bien souvent vers 19 ou 20 h, trop tôt pour que beaucoup choisissent le transport public au lieu de la voiture.

La Stratégie Régionale des Mobilités votée en 2021 vise en 10 ans un « cadencement horaire » des trains, gage d’attractivité, qui nécessiterait 800 circulations journalières (au lieu de 550). Jusqu’en 2031, l’augmentation annuelle des circulations devrait donc être de 4 %, taux qui n’a pas été tenu dans le passé. Et beaucoup de projets prennent du retard. Les usagers espèrent aussi ne plus connaître de limitation de vitesse, grâce à une maintenance précoce (cf. il y a peu le cas de Alençon / le Mans).

Gare de Veluiire
Gare de Velluire, Pays de Fontenay le Comte, en attente de réhabilitation et d’arrêts de TER

Les gains espérés de la mise en concurrence de l’exploitation ferroviaire ne suffiront pas. D’autant que l’autre objectif, absent de la SRM, devrait être la création de dessertes périurbaines et intervilles supplémentaires, pour desservir la forte minorité des habitants éloignée d’un point d’accès au transport. Renforcement et réorientation des investissements en mobilité seront nécessaires.

Services Express Métropolitains à la traîne

La moitié des ligériens vivent dans les grandes aires urbaines. Pour limiter le recours à la voiture en périphérie, la SRM prévoit une desserte chaque demie heure, diamétralisée, évitant ainsi de saturer les quais de la gare centrale et permettant aux usagers d’aller d’un point à l’autre de l’aire urbaine. La desserte doit fonctionner sur une grande plage horaire (6h à 20h est insuffisant). Les SEM sont à articuler avec les réseaux urbains, des infrastructures vélo renforcées, et des axes rapides cars sur les axes sans ferroviaire.

Mais le découpage en lots gérés par différents concurrents ne facilitera pas la diamétralisation de lignes à Angers où les voies ferrées d’accès à la gare d’Angers sont chargées et les quais peu nombreux ; Ancenis / Saumur serait envisageable, alors qu’au Mans, la diamétralisation des dessertes (Laval / Nogent le Rotrou et Alençon / Château du Loir) sera facilitée par la qualité des infrastructures et permise par l’allotissement envisagé.

Pour Nantes, la diamétralisation des dessertes n’est envisagée que pour Savenay / Ancenis, où les terminus techniques ont été aménagés. L’autre projet consiste en trains chaque demie heure de Nantes à Ste Pazanne, chaque heure vers Pornic et St Gilles Croix de Vie.

Ces ébauches de SEM sont renvoyées souvent aux années 2030. Pour aller plus loin et plus vite, une implication conjointe Région / grandes villes est nécessaire, dépassant les réticences actuelles.

Des liaisons supplémentaires à assurer

L’indispensable augmentation de capacité de l’axe ferroviaire principal (de Sablé à Nantes via Angers) est programmé sur une quinzaine d’années ; de nouvelles liaisons sont nécessaires, et pas seulement Cholet / les Herbiers. Alors que d’autres pays rouvrent des lignes, il n’est plus guère question de Laval / Mayenne, le Mans /la Flèche, Velluire /Fontenay /Niort,….

Dans le cadre de la concertation sur les liaisons ferroviaires de l’Ouest, les Communautés de Communes littorales et notre association ont rappelé la nécessité d’une liaison fret et voyageurs entre St Nazaire et Redon Rennes, qui n’a que trop traînée. Son intérêt et sa faisabilité sont à l’étude.

TER Nantes / la Rochelle : nous agissons aussi pour des TER plus fréquents (4 AR/j prévus par la SRM) et l’ouverture de gares en Sud Vendée dans une zone sans desserte. Après la présentation de première phase d’étude contestée, le dossier prend du retard.

La Roche-sur-Yon / Bressuire : la réhabilitation de la voie et un service TER est nécessaire (8 AR/j prévus par la SRM), pour assurer une desserte cohérente sur l’axe Les Sables d’Olonne / la Roche / Saumur / Tours. Un échelonnement des travaux serait coûteux et en contradiction avec les objectifs annoncés. Mais les Régions concernées doivent prendre en charge ce même programme ambitieux.

Liaisons cars : la SRM prévoit un doublement du kilométrage parcouru, nécessaire pour améliorer les fréquences de passage actuellement très limitées (parfois 2 AR dans la journée et pas le WE !).

La création de nouvelles liaisons par cars répondrait à plusieurs besoins : mise en continuité de liaisons s’arrêtant aux frontières départementales, création de services sur des axes chargés, création de dessertes régionales ou birégionales, etc… Les demandes locales des Communautés de Communes ne peuvent fournir un cadre cohérent. L’association avait fait quelques propositions, mais une étude globale des besoins est nécessaire.Des cars plus fréquents nécessaires

Une autre offre de proximité

La Région, en plus d’un service de Transport à la Demande, promeut la mobilité « travail »:

« la Région expérimentera en 2022, en lien avec ses partenaires, la mise à disposition, dans 5 bassins d’emploi des Pays de la Loire, d’une voiture à 1€ par jour pour les demandeurs d’emploi non véhiculés ». Initiative utile, mais à compléter par la promotion des autres moyens de transport, pour des déplacements plus « durables ».

Outre une desserte plus dense par car, des alternatives à la voiture individuelle permettent des déplacements proches économes et une diminution des émissions de GES. Des Communautés de Communes s’y sont déjà lancées :

– L’aide à l’achat, à la location, à la maintenance de Vélo et Vélo à Assistance Electrique ; des CC comme« Sud Estuaire » renforcent leurs aides.

– Le covoiturage, et l’autopartage. Il incite à la démotorisation des ménages, qui diversifient leurs modes de transport, et réduisent leurs dépenses, par exemple en évitant un deuxième véhicule.

Une vingtaine de communes périphériques du Pays du Mans bénéficient ainsi du service Mouvngo, avec une ou deux voitures électriques près de chaque mairie, et la possibilité de demander un chauffeur bénévole. Au total un millier d’inscrits, payant un abonnement réduit et des coûts fonction de la durée de réservation. Mais il reste à augmenter le nombre d’utilisateurs.

Ne faudrait-il pas mutualiser ces services (voitures, vélos), et les implanter aussi aux gares principales ?