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Nantes Châteaubriant Rennes : du parcours du combattant à une liaison birégionale

12 Avr 2021

Réouverture de Nantes Châteaubriant : un cofinancement exemplaire des collectivités ligériennes,  mais ignorant le potentiel de la liaison avec la région voisine

Les liaisons (en 1h15) Nantes / Rennes  empruntent un itinéraire long (152 km) qui ne dessert pas les périphéries urbaines et n’est adapté qu’aux liaisons de centre à centre. Cette ligne Nantes / Rennes passant à proximité de Redon n’assure actuellement que 5% des déplacements interagglomérations. Les voitures et les cars sont les modes de transport les plus utilisés.

L’itinéraire plus court (125 km) par Châteaubriant est pénalisé par le sous équipement de sa voie unique et par le fait qu’il a toujours été géré différemment par les parties bretonnes et ligériennes ( SNCF ou Régions), sans vision commune.

Côté Bretagne, la liaison actuellement en service de Rennes à Retiers sera totalement en exploitation en septembre 2021 après reconstruction de la ligne de Châteaubriant à Retiers, pour laquelle la Région Pays de la Loire s’est battue et cofinance. Les travaux en zone bretonne se font avec des objectifs limités (vitesse limitée à terme à 110 km/h), preuve du manque d’ambition pour la liaison. L’exploitation Rennes / Châteaubriant restera en TER thermique, avec une fréquence inférieure probablement à celle de Châteaubriant / Nantes (8AR/j en semaine).

Côté Pays de la Loire, Nantes / Châteaubriant, fermée à toute circulation avait soulevé l’intérêt de la métropole nantaise, qui a cherché à développer une desserte type RER  limité à la périphérie, ce qui justifiait le choix du tram-train, adapté à des distances courtes entre gares et  facilitant le passage en ville aux passages à niveau. Le Département et la Région ont joint leurs financements et obtenu la prolongation jusqu’à Châteaubriant, évitant au Département la construction d’une route rapide. Le mode de transport le plus “vertueux” en terme d’émissions de GES, d’occupation de terre agricole, était favorisé. Rouverte en 2014, la ligne de tram-train Nantes / Châteaubriant (64 km) est la partie reconstruite et électrifiée de l’ancienne ligne Nantes / Rennes. Il ne s’agit pas d’une voie légère, mais d’une voie aux caractéristiques usuelles.

Jusqu’à Nort-sur-Erdre, à 30 km de Nantes, la desserte périurbaine bénéficie de fréquences à la demie-heure en pointe, à l’heure le reste du temps. Mais au-delà, avec des gares plus espacées en milieu rural, la vitesse du tram-train, limitée à 100 km/h, et le nombre d’arrêts, pénalisent la durée du trajet : plus d’une heure pour Nantes / Châteaubriant. Les Castelbriantais réclament une liaison plus rapide.

Passer d’une région à l’autre via Châteaubriant était quasiment impossible

Les deux tronçons, ligérien et breton, de la ligne sont isolés par des butoirs à Châteaubriant,  sans correspondances organisées. Le système d’achat de billets considérait de plus qu’il y avait deux gares à Châteaubriant, sans relation entre elles, et ne délivrait donc pas de billet par la ligne entre une gare ligérienne et une gare bretonne. Privés de toute clientèle interrégionale,  les tronçons Nort-sur-Erdre / Châteaubriant / Retiers sont fragilisés. Un comble entre deux métropoles dynamiques autour desquelles l’étalement urbain prolifère, et qui ne sont reliées que par une liaison ferroviaire ignorant périphéries et villes intermédiaires.

L’objectif principal d’une liaison Nantes / Rennes via Châteaubriant ne serait pas de transporter les usagers entre centres de métropoles, mais de relier entre eux les territoires traversés, et ces territoires avec la métropole de « l’autre région ». Cet itinéraire bis éviterait le passage par les gares centrales et des billets plus coûteux, et serait au service des villes intermédiaires et des nombreux banlieusards du Nord de Nantes et du Sud de Rennes, permettant des trajets tels La Chapelle sur Erdre / Rennes, ou Janzé / Nantes, pour une durée limitée, et sans changement.

Une situation améliorable

A court terme, fin 2021, lors du rétablissement des circulations Châteaubriant Rennes, seraient nécessaires au minimum :

  • refonte des sites internet d’information et de vente, de la billeterie pour éliminer l’effet « frontière » et permettre l’achat économique de billets birégionaux tels la Chapelle sur Erdre/Rennes ou Nantes Retiers ou Rennes banlieue nantaise
  • organisation de correspondances systématiques à Châteaubriant entre TER bretons et Tram-trains ligériens ; ou au minimum trois fois par jour (matin, midi, soir)

L’amélioration des correspondances sera cependant insuffisante pour entraîner beaucoup de voyageurs vers des trajets interrégionaux. A moyen terme, des scenarii plus ambitieux de circulations TER allant de Rennes à Nantes sont indispensables pour compléter les  dessertes existantes, dans le cadre d’un projet commun élaboré par les Régions. Ceci permettrait aussi de mieux rentabiliser le tronçon median de la ligne.

La FNAUT a étudié différents scenarii, jusqu’à la vitesse de 140 km/h permise par le tracé, mais qui, nécessitant de plus forts investissements, risquerait d’être reportée au long terme. Les scenarii les plus aisés à mettre en oeuvre à moyen terme, moyennant adaptation de la signalisation, de quais, etc…seraient les suivants, tirés de la note exploratoire jointe  FNAUT 21 Nantes Châteaubriant Rennesqui détaille les durées de trajet obtenus  :

Scénario  Tram-Train : Comme il est illusoire de penser à l’électrification de la partie nord, l’hypothèse serait d’utiliser un Tram-Train bimode 25kV / batterie 1 . Il pourrait effectuer en mode batterie la partie Châteaubriant – Rennes (58 km) et se recharger en gare de Rennes avant de repartir. Il pourrait aussi faire la partie 750 V en mode batterie pour simplifier son équipement électrique.

Scénario   TER bimode électrique / diesel ou mieux électrique / batterie (ou électrique / hydrogène). Il semble possible que ce TER roule avec les consignes « tram-train » de Nantes à Babinière (en particulier du fait des PN urbains sans barrière). Dans le cas contraire il serait limité au parcours Babinière-Rennes. A Babinière, la station « tram-train », et future station de tram permettra dès 2024 l’accès au centre de Nantes par une ligne de tram complétée ensuite par une deuxième. Ce TER pourrait bénéficier du 110 km/h entre Châteaubriant et Retiers,

Ces deux premiers scenarii limitent les coûts d’adaptation des infrastructures. Ils permettent : 

  • des liaisons intermédiaires inexistantes actuellement : par ex. Retiers / Nort-sur-Erdre en 46 mn, ou Rennes / Nort-sur-Erdre en 1h29, ou Nantes / Janzé en 1h28,  temps proches de ceux obtenus par la route.

  • des liaisons plus rapides (gain d’une dizaine de mn) entre Châteaubriant et les 2 métropoles, grâce à la réduction du nombre d’arrêts pour les trains interrégionaux.

1 Alstom a annoncé qu’il était prêt à étudier cette version, mais il faudrait bien sûr que d’autres besoins soient exprimés. Ce pourrait-être une version du « train léger » évoqué par le Ministre des transports.