Début 2026, la FNAUT a rendu public son «Plan National de Réouvertures de Lignes Ferroviaires », https://www.fnaut.fr/uploads/2026/01/PNRL-version-12-decembre-2025.pdf , concernant 49 lignes prioritaires, de 7 à 90 km, pour un total de 1 624 km de lignes réparties sur l’ensemble du territoire métropolitain. Toutes ces lignes ont un potentiel de trafic important, supérieur à 1 000 voyages/jour, certaines dépassant même les 4 000 voyages/jour. Près d’un tiers est susceptible d’intégrer un Service Express Régional Métropolitain (SERM) déjà labellisé.
Chacun sait que les moyens budgétaires publics sont actuellement limités. C’est précisément pourquoi la FNAUT propose ce plan ambitieux mais focalisé sur des lignes à fort potentiel, efficace et particulièrement peu coûteux : de l’ordre de 300 millions d’euros par an sur 15 ans soit 4,8 milliards seulement au total. Ce coût de mise en œuvre du plan national est celui d’une seule autoroute ou d’une seule ligne à grande vitesse, ou encore même pas un tiers de la ristourne carburant de 2022 (16 milliards) qui n’a choqué personne : avec cette seule dépense, ce sont 4 000 km de voies ferrées qui auraient pu être réouvertes !
Quelles lignes à fort potentiel peut-on réouvrir aux voyageurs en Hauts-de-France à un coût raisonnable ?
Nous avons recensé six lignes régionales dont la réouverture est pertinente (détail ci après) :
1-(Amiens) – Abbeville – Eu- (Le Tréport). 35 km de voie unique à rouvrir.
2-(Paris) La Ferté-Milon – Fismes – (Reims). 44 km à rouvrir.
3-(Compiègne) – Longueuil-Sainte-Marie – Ormoy-Villers. 16 km à rouvrir.
Trois autres lignes situées à proximité de Lille auraient de plus vocation à intégrer le futur projet du SERM Hauts-de-France :
4-(Lille) – Armentières – Merville. 19,5 km à rouvrir.
5-Lille – Comines – (frontière belge). 20 km à rouvrir.
6-Ascq – Orchies. 17 km à rouvrir.
Malgré les réelles difficultés budgétaires de l’État et des Régions, la France est parfaitement capable de rouvrir ces lignes, et de financer un programme national de 4,8 milliards sur 15 ans au service des territoires. Mais les devis de réouverture sont souvent excessifs.
Deux exemples montrent que ce n’est pas une fatalité : Montréjeau – Luchon (35 km) et Nancy – Contrexéville en Grand Est (75 km) financées à 100 % par les Régions concernées. La réouverture de ces deux lignes se fait dans le cadre d’un budget maîtrisé, autour de 2 millions d’euros/km, grâce notamment à un transfert de gestion dans le premier cas, et à un transfert de propriété dans le second. Ce qui n’empêche pas les trains circulant sur ces lignes d’accéder sans difficulté au Réseau Ferré National (à la différence des projets de trains légers), par exemple avec des trains directs Luchon – Toulouse.
« Comment rouvrir les lignes ferroviaires en France ? », ce sera précisément le sujet du Congrès organisé par la FNAUT, à Tours, du 20 au 22 novembre 2026. https://www.fnaut.fr/congres-tours2026/
Voici dans le détail ces six lignes à fort potentiel à réouvrir en Hauts-de-France :
1-(Amiens) – Abbeville – Eu- (Le Tréport). 35 km de voie unique à rouvrir.
Ligne fermée aux voyageurs en 2018, en raison de l’état de la voie, avec promesse d’une remise en service rapide. Zone littorale touristique, connexion pour le Tréport et le bassin d’emploi du Vimeu vers le reste du littoral régional d’Abbeville à Dunkerque, et vers Amiens, Paris, et Lille. Les devis de SNCF Réseau ont été régulièrement revus à la hausse jusqu’à atteindre 147 millions d’euros en 2024. Une contre-expertise financée par la FNAUT Hauts-de-France et réalisée par un bureau d’études spécialisé a identifié des surcoûts inutiles, de sorte que le coût réel pourrait baisser à une centaine de millions d’euros. https://www.fnaut.fr/region/hauts-de-france/reouverture-de-la-ligne-abbeville-le-treport-mers-les-bains-la-contre-expertise-de-la-fnaut-hdf-relance-le-projet/ Pertinence confirmée en 2026 par une deuxième expertise. https://www.fnaut.fr/region/hauts-de-france/abbeville-le-treport-vers-la-reouverture/
2-(Paris) La Ferté-Milon – Fismes – (Reims). 44 km à rouvrir.
Cette section de la ligne directe Paris – Reims a vu son trafic suspendu entre 1972 et 1981, date à laquelle elle a été réouverte, puis à nouveau suspendu en 2016. Ce territoire est privé d’accès ferroviaire à Reims (université, CHU) et à Paris pourtant situé à moins de 100 km. Des travaux réalisés en 2021 (20 millions d’euros Région, 5 millions d’euros État) ont permis le retour des trains de fret en 2023, à une vitesse limitée à 60 km/h.
3-(Compiègne) – Longueuil-Sainte-Marie – Ormoy-Villers. 16 km à rouvrir.
Cette double voie électrifiée ouverte au trafic fret reçoit occasionnellement des trains de voyageurs en cas de détournement des TER Paris – Laon et Paris – Compiègne. Le coût de la réouverture aux voyageurs serait donc limité : évalué en 2008 entre 7 et 11 millions d’euros soit moins d’1 million d’euros/km. Deux points d’arrêts intermédiaires présentent un potentiel de trafic important : Verberie et Béthisy-Saint-Pierre. La remise en service du raccordement de Crépy-en-Valois permettrait en plus de faire circuler des trains Compiègne-Crépy-Soissons. Potentiel de trafic évalué par une étude en 2008 : entre 900 et 1 800 voyages/jour
Trois autres lignes situées en périphérie de Lille auraient vocation à intégrer le futur projet de SERM Hauts-de-France :
4-(Lille) – Armentières – Merville. 19,5 km à rouvrir.
La desserte péri-urbaine existante Lille-Armentières (20 km) pourrait être prolongée jusqu’à Lestrem et Merville (10 000 habitants à 39 km de Lille), et desservir la vallée de la Lys très peuplée tout en déchargeant l’autoroute A25. Cette ligne ouverte au fret est neuve et électrifiée. Sa réouverture était inscrite au schéma régional des transports en 2006 puis en 2013 même au-delà de Merville, jusqu’à Isbergues (permettant de rejoindre Béthune). Une étude de 2009 évalue le potentiel de trafic à 3200 voyages/jour. Ligne encore utilisée pour le trafic fret de l’usine Roquette à Lestrem.
5-Lille – Comines – (frontière belge). 20 km à rouvrir.
Cette courte ligne péri-urbaine au nord-ouest de Lille a perdu son trafic voyageur, à la desserte squelettique, en mai 2019. Depuis 20 ans, la Métropole Européenne de Lille envisageait sa transformation en tram-train, en raison de son fort potentiel, mais sans suite puisque le nouveau projet de tram prévu pour 2035 n’en tient pas compte. Avant d’arriver à Comines (12 700 habitants), la section à rouvrir dessert Wambrechies (10 800 habitants) et Quesnoy-sur-Deûle (6 700 habitants), trois communes de la métropole lilloise connaissant une croissance démographique. C’est aussi une ligne transfrontalière vers la Belgique qui permettrait des relations directes Lille-Ypres. Malgré le goudronnage illégal de certains passages à niveau, la ligne n’a pas fait l’objet d’une fermeture administrative ni d’un déclassement et est toujours en place.
6-Ascq – Orchies. 17 km à rouvrir.
Arrêt du trafic en 2015, péri-urbain de Lille, voie unique. Importants travaux de raccordement à Pont-de-Bois.