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Nantes Châteaubriant Rennes : un parcours du combattant

21 Déc 2020

Une coopération exemplaire des collectivités,  mais avec des objectifs centrés sur les seules dessertes régionales

Les liaisons rapides (1h15) Nantes Rennes passent à proximité de Redon, empruntant un itinéraire long (152 km) qui de fait ne dessert pas les périphéries urbaines et n’est adapté qu’aux liaisons de centre à centre. La ligne Nantes Rennes par l’agglomération de Redon n’assure actuellement que 5% des déplacements intervilles. Les voitures et les cars sont les modes de transport les plus utilisés.

L’itinéraire plus court (125 km) par Châteaubriant est pénalisé par sa voie unique et par le fait qu’il a toujours été géré différemment par les parties bretonnes et ligériennes ( SNCF ou Régions) sans vision commune.

Côté Bretagne, la liaison actuellement en service de Rennes à Retiers devrait être totalement en exploitation en 2021 après reconstruction de la ligne de Châteaubriant à Retiers, pour laquelle la Région Pays de la Loire s’est battue et cofinance. Les travaux en zone bretonne se font avec des objectifs limités (vitesse limitée à 90 km/h), preuve du manque d’ambition commune pour la liaison. L’exploitation Rennes Châteaubriant restera en TER thermique, avec une fréquence inférieure probablement à celle de Châteaubriant Nantes.

Nantes Châteaubriant, fermée à toute circulation a soulevé l’intérêt de la métropole nantaise, qui a cherché à développer une desserte type RER  à partir de Sucé, ce qui justifiait le choix du tram-train, adapté à des distances courtes entre gares et  facilitant le passage en ville aux passages à niveau. Le Département et la Région ont joint leurs financements et obtenu la prolongation jusqu’à Châteaubriant, ce qui évitait au Département la construction d’une route rapide. Rouverte en 2014, la ligne de tram-train Nantes-Châteaubriant (64 km) est la partie reconstruite et électrifiée de l’ancienne ligne Nantes-Rennes. Il ne s’agit pas d’une voie légère, mais d’une voie aux caractéristiques usuelles.

Jusqu’à Nort-sur-Erdre, à 30 km de Nantes, la desserte périurbaine bénéficie de fréquences à la demie-heure en pointe, à l’heure le reste du temps. Mais au-delà, avec des gares plus espacées en milieu rural, la vitesse du tram-train, limitée à 100 km/h, pénalise la durée du trajet : plus d’une heure pour Nantes Châteaubriant (8AR/j en semaine). Les Castelbriantais réclament une liaison plus rapide.

Passer d’une région à l’autre via Châteaubriant : quasiment impossible

Les deux tronçons, ligérien et breton, de la ligne sont isolés par des butoirs à Châteaubriant,  sans correspondances organisées. Les billeteries considèrent de plus qu’il y a deux gares à Châteaubriant, sans relation entre elles !

Une desserte interrégionale directe par Châteaubriant intéresserait pourtant les nombreux banlieusards du Nord de Nantes et du Sud de Rennes car cet itinéraire bis est court, éviterait le passage par les gares centrales et des billets plus coûteux.

La ligne est donc privée de toute clientèle interrégionale, ce qui fragilise les tronçons Nort-sur-Erdre Châteaubriant Retiers. Un comble entre deux métropoles dynamiques autour desquelles l’étalement urbain prolifère, et qui ne peuvent se contenter de la seule liaison ferroviaire actuelle !

Comment améliorer la situation ?

A court terme, fin 2021, lors du rétablissement des circulations Châteaubriant Rennes,

  • refonte des sites internet d’information et de vente, de la billeterie pour éliminer l’effet « frontière » et permettre l’achat économique de billets birégionaux tels la Chapelle sur Erdre/Rennes ou Nantes Retiers ou Rennes banlieue nantaise
  • organisation de correspondances systématiques à Châteaubriant entre TER bretons et Tram-trains ligériens ; ou au minimum trois fois par jour (matin, midi, soir)
  • rétablissement de la continuité des voies à Châteaubriant pour pouvoir contourner les butoirs qui séparent les réseaux des 2 Régions, et préserver l’avenir, le passage de trains de service, etc….

A moyen terme, des scenarii plus ambitieux de TER allant de Rennes à la banlieue nantaise sont envisageables dès maintenant pour compléter les  dessertes existantes

A Babinière, la station « tram-train », et future station de tram permettra bientôt l’accès au centre de Nantes par deux lignes de tram (via facultés et via la gare), Elle pourrait être accessible en  TER classique depuis Rennes. Les voyageurs en provenance du Nord pourraient ainsi disposer sur place de nombreuses possibilités d’accès au centre, sans aller à la gare centrale, inaccessible en TER du fait des nombreux passages à niveau en milieu urbain. Des voies de garage sont à réserver à Babinière.

Moins rapides de centre métropole à centre métropole que par Redon, ces liaisons seraient très utiles aux habitants des périphéries métropolitaines et des bourgs, les moins bien servis par les politiques du transport et qui sont condamnés à la voiture. Et renforcerait la fréquentation entre les périphéries nantaises et rennaises dans des zones où l’infrastructure ferroviaire a besoin de plus de voyageurs.